ME LOUIS SIROIS, LL.B.
Avocat et conseils
Litige fiscal · ARC et Revenu Québec

Litige fiscal : contester une cotisation de l'ARC ou de Revenu Québec, avant que le délai n'expire.

Un avis de cotisation n'est pas un jugement : c'est la position du fisc, et elle se conteste. Vous disposez généralement de 90 jours pour déposer un avis d'opposition, puis de 90 jours après la décision pour saisir le tribunal — la Cour canadienne de l'impôt face à l'Agence du revenu du Canada (ARC), la Cour du Québec face à Revenu Québec. Me Louis Sirois, avocat fiscaliste et membre du Barreau du Québec depuis 1987, représente les contribuables à chacune de ces étapes.

Avis de cotisation reçu ? Repérez la date qui y figure : le délai court à compter de l'envoi de l'avis, pas du jour où vous l'avez lu.

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L'essentiel en 60 secondes

Mis à jour le · par Me Louis Sirois, avocat fiscaliste

Un litige fiscal oppose un contribuable à l'Agence du revenu du Canada ou à Revenu Québec au sujet d'un avis de cotisation. Il se joue en deux temps : l'opposition, un recours administratif adressé au fisc lui-même, puis, si le désaccord persiste, le tribunal. Tout repose sur des délais stricts : les manquer, c'est perdre le droit de contester.

  • 90 jours pour présenter un avis d'opposition, à compter de l'envoi de l'avis de cotisation — à l'ARC comme à Revenu Québec. Pour l'impôt sur le revenu d'un particulier, le délai court jusqu'à un an après la date d'échéance de production de la déclaration, si cette date est plus tardive. par. 165(1) LIR · art. 93.1.1 LAF
  • 1 an Délai manqué ? Une prorogation peut encore être demandée dans l'année qui suit son expiration — à des conditions strictes, qu'il faut démontrer. art. 166.1 LIR · art. 93.1.3 et 93.1.4 LAF
  • 90 jours après la décision sur l'opposition pour saisir le tribunal : appel à la Cour canadienne de l'impôt (ARC, TPS/TVH) ou contestation à la Cour du Québec (Revenu Québec). par. 169(1) LIR · art. 93.1.13 LAF
  • 3 ans C'est la période normale durant laquelle le fisc peut recotiser un particulier ou une société privée sous contrôle canadien (4 ans pour les autres sociétés). Au-delà, sauf cas particuliers prévus par la loi, il lui faut une fausse déclaration attribuable à la négligence, ou une fraude. par. 152(3.1) et 152(4) LIR · art. 1010 LI
  • 50 % La pénalité pour faute lourde — « négligence flagrante » au Québec — atteint 50 % de l'impôt en cause. Mais c'est au fisc d'en prouver les conditions. par. 163(2) et 163(3) LIR · art. 1049 et 1050 LI
  • ≈ 90 % des dossiers litigieux se règlent de façon définitive à l'étape de l'opposition, sans intervention des tribunaux, selon Revenu Québec. Source : Revenu Québec, Vos recours

LIR : Loi de l'impôt sur le revenu (Canada) · LTA : Loi sur la taxe d'accise (Canada) · LAF : Loi sur l'administration fiscale (Québec) · LI : Loi sur les impôts (Québec).

Définition

Qu'est-ce qu'un litige fiscal ?

Un litige fiscal est un différend entre un contribuable et l'administration fiscale — l'Agence du revenu du Canada ou Revenu Québec — sur le montant d'impôt, de taxes, d'intérêts ou de pénalités réclamé dans un avis de cotisation. Il naît le plus souvent d'une vérification et se règle par l'opposition ou, à défaut, devant le tribunal.

1

Ce qui se conteste

Un avis de cotisation ou de nouvelle cotisation, une pénalité, le refus d'une déduction, d'un crédit ou d'un remboursement, la détermination d'une perte — mais aussi une cotisation émise contre un tiers : l'administrateur d'une société pour des retenues ou des taxes impayées, ou le proche qui a reçu un bien d'un débiteur fiscal.

2

Contre qui

L'ARC pour l'impôt fédéral. Revenu Québec pour l'impôt du Québec et la TVQ — et aussi pour la TPS/TVH, qu'il administre généralement au Québec pour le compte du gouvernement fédéral. Deux administrations, deux lois de procédure, deux séries de délais.

3

Devant qui

D'abord un agent chargé de l'opposition, qui n'a pas participé à la cotisation. Ensuite un juge : la Cour canadienne de l'impôt pour les lois fédérales, la Cour du Québec pour les lois fiscales québécoises. Puis, s'il y a lieu, la Cour d'appel fédérale ou la Cour d'appel du Québec.

Particularité québécoise : un même redressement produit le plus souvent deux avis de cotisation — un de l'ARC, un de Revenu Québec. Il faut alors deux oppositions, dans deux délais qui ne coïncident pas toujours, et au besoin deux recours devant deux tribunaux différents. S'opposer à l'un en oubliant l'autre est l'une des erreurs les plus coûteuses.

Le vocabulaire du litige fiscal

Avis de cotisation
Document par lequel l'ARC ou Revenu Québec fixe l'impôt, les taxes, les intérêts et les pénalités dus pour une année ou une période. Son envoi fait courir le délai d'opposition.
Avis d'opposition
Écrit par lequel le contribuable demande au fisc de réexaminer la cotisation, en exposant les faits et les motifs de son désaccord. C'est le préalable obligé à tout recours devant le tribunal.
Confirmation ou ratification
Décision par laquelle le fisc maintient la cotisation après avoir examiné l'opposition. Elle ouvre le délai de 90 jours pour saisir le tribunal.
Appel et contestation
Recours judiciaire contre la cotisation : on parle d'« appel » devant la Cour canadienne de l'impôt et de « contestation » devant la Cour du Québec.
Prorogation
Prolongation d'un délai expiré, accordée par le fisc ou par le tribunal à des conditions strictes : demande présentée dans l'année et démonstration d'une impossibilité d'agir ou, au fédéral, d'une intention véritable de contester dans le délai.
Période normale de nouvelle cotisation
Période de trois ou quatre ans durant laquelle le fisc peut recotiser librement ; au-delà, il lui faut en principe établir une fausse déclaration attribuable à la négligence, ou une fraude.
Faute lourde, négligence flagrante
Conduite qui dépasse la simple erreur et qui expose à une pénalité de 50 % de l'impôt en cause ; « faute lourde » est le terme fédéral, « négligence flagrante » le terme québécois.
Transaction
Entente de règlement conclue avec Revenu Québec à l'étape de l'opposition, faite de concessions réciproques, qui met fin au litige sur les éléments visés.
Les délais

Quels sont les délais pour contester une cotisation de l'ARC ou de Revenu Québec ?

Le délai de base est le même des deux côtés : 90 jours pour s'opposer, puis 90 jours après la décision pour aller devant le tribunal. Les différences — et les pièges — se trouvent dans les détails, que voici côte à côte pour l'impôt sur le revenu.

Impôt sur le revenu : les délais de contestation, au fédéral et au Québec
Étape Fédéral — ARC Loi de l'impôt sur le revenu (LIR) Québec — Revenu Québec Loi sur l'administration fiscale (LAF)
Avis d'opposition 90 jours suivant l'envoi de l'avis de cotisation. Particulier ou succession assujettie à l'imposition à taux progressifs : au plus tard un an après la date d'échéance de production de la déclaration, si cette date est plus tardive. Société, fiducie ou détermination d'une perte : 90 jours seulement. par. 165(1) LIR 90 jours suivant l'envoi de l'avis de cotisation. Particulier ou succession assujettie à l'imposition à taux progressifs : également dans l'année qui suit la date d'échéance de production de la déclaration. art. 93.1.1 LAF
Délai d'opposition manqué Demande de prorogation à l'ARC, présentée dans l'année suivant l'expiration du délai. En cas de refus : demande à la Cour canadienne de l'impôt dans les 90 jours. art. 166.1 et 166.2 LIR Demande de prorogation à Revenu Québec, dans l'année suivant l'expiration du délai ; il faut démontrer une impossibilité en fait d'agir. En cas de refus : révision par un juge de la Cour du Québec, à demander dans les 90 jours. art. 93.1.3 à 93.1.5 LAF
Recours au tribunal Appel à la Cour canadienne de l'impôt dans les 90 jours suivant l'envoi de la décision de l'ARC sur l'opposition. par. 169(1) LIR Contestation à la Cour du Québec dans les 90 jours suivant la mise à la poste de la décision sur l'opposition. art. 93.1.10 et 93.1.13 LAF
Si le fisc tarde à décider Appel possible dès que 90 jours se sont écoulés depuis l'opposition sans décision de l'ARC. al. 169(1)b) LIR Contestation possible après 90 jours sans décision lorsque l'opposition vise une cotisation dont le recouvrement est suspendu, comme l'impôt sur le revenu ; après 180 jours dans les autres cas. art. 93.1.10 LAF
Délai du tribunal manqué Demande de prorogation à la Cour canadienne de l'impôt, dans l'année suivant l'expiration du délai d'appel. art. 167 LIR Demande à un juge de la Cour du Québec, au plus tard un an après la mise à la poste de la décision ; même exigence d'impossibilité d'agir. art. 93.1.13 LAF
Voie simplifiée Procédure informelle, au choix du contribuable, si l'impôt fédéral et les pénalités en litige ne dépassent pas 25 000 $ par cotisation, ou si la perte contestée ne dépasse pas 50 000 $. Loi sur la Cour canadienne de l'impôt Division des petites créances si la réduction demandée ne dépasse pas 15 000 $ d'impôt ou 55 000 $ de revenu, ou si seuls des intérêts ou des pénalités d'au plus 5 500 $ sont en jeu. Une société doit compter au plus 10 employés. On ne peut y être ni représenté ni assisté par un avocat. art. 93.2 et 93.18 LAF ; art. 536 C.p.c.
Appel du jugement Cour d'appel fédérale, dans les 30 jours du jugement (juillet et août exclus du calcul). Puis la Cour suprême du Canada, sur autorisation. Cour d'appel du Québec, dans les 30 jours de l'avis du jugement. Le jugement de la Division des petites créances, lui, est final et sans appel. art. 93.1.23 et 93.32 LAF ; art. 360 C.p.c.

Et pour la TPS et la TVQ ?

TVQ

Mêmes règles de base que pour l'impôt du Québec : opposition dans les 90 jours de l'envoi de l'avis (art. 93.1.1 LAF), puis contestation à la Cour du Québec dans les 90 jours de la décision. Deux différences de taille : le délai d'un an réservé à l'impôt des particuliers ne s'applique pas, et la loi ne suspend pas le recouvrement pendant le litige. Revenu Québec peut toutefois, sur demande et à certaines conditions, suspendre ses mesures de recouvrement lorsqu'une entreprise ou un travailleur autonome conteste une cotisation portant sur de la TVQ non perçue ou sur des remboursements de la taxe sur les intrants.

TPS/TVH

Une loi fédérale, mais un guichet québécois : au Québec, l'avis d'opposition (formulaire FP-159) est présenté à Revenu Québec dans les 90 jours de l'envoi de l'avis (art. 301 LTA). L'appel se porte ensuite devant la Cour canadienne de l'impôt, dans les 90 jours de la décision ou après 180 jours sans décision (art. 306 LTA). La procédure informelle est ouverte jusqu'à 50 000 $ en litige. Délai d'opposition manqué : la prorogation se demande dans l'année (art. 303 LTA) ; en cas de refus, la Cour canadienne de l'impôt doit être saisie dans les 30 jours, et non 90 (art. 304 LTA).

90 jours ne font pas trois mois. Revenu Québec en donne lui-même l'exemple : un avis daté du 19 novembre se conteste jusqu'au 17 février, et non jusqu'au 19. Comptez à partir de la date qui figure sur l'avis, et conservez la preuve de transmission de votre opposition.
Le déroulement

Comment se déroule un litige fiscal, étape par étape ?

Du projet de cotisation au jugement, un litige fiscal suit toujours la même séquence. La plupart des dossiers s'arrêtent avant la dernière étape — à condition d'avoir été bien préparés dès la première.

  1. Le projet de cotisation

    Au terme d'une vérification, le fisc annonce les redressements qu'il envisage et vous laisse un court délai pour y répondre. C'est le moment le moins coûteux pour corriger une erreur de fait, produire un document manquant ou faire valoir un argument de droit — avant que la cotisation ne soit émise et que les intérêts ne s'accumulent.

    Avant la cotisation
  2. L'avis de cotisation

    La cotisation est émise. Elle est présumée valide, la somme devient exigible et le délai d'opposition commence à courir dès l'envoi de l'avis. Si le redressement touche les deux paliers, vous recevrez deux avis : un de l'ARC, un de Revenu Québec.

    Jour 0
  3. L'avis d'opposition

    Un écrit qui expose les faits pertinents et les motifs du désaccord — une conversation avec le vérificateur n'en tient pas lieu. À l'ARC : par Mon dossier ou au moyen du formulaire T400A. À Revenu Québec : par Mon dossier ou au moyen du formulaire MR-93.1.1 (FP-159 pour la TPS/TVH). Une opposition étoffée prépare le terrain du règlement ; une opposition laconique se paie plus tard.

    Dans les 90 jours
  4. L'examen de l'opposition

    Le dossier est confié à une personne qui n'a pas participé à la cotisation. Elle reprend l'analyse, peut demander des précisions et reçoit vos arguments et vos documents additionnels. C'est à cette étape que se négocient la plupart des règlements ; Revenu Québec parle de « transaction », une entente faite de concessions réciproques qui met fin au litige.

  5. La décision sur l'opposition

    Le fisc annule la cotisation, la modifie par un avis de nouvelle cotisation, ou la confirme — on dit aussi qu'il la « ratifie ». Un nouveau délai de 90 jours s'ouvre alors pour porter l'affaire devant le tribunal. Si la décision tarde, vous pouvez saisir le tribunal sans l'attendre, une fois écoulé le délai prévu par la loi.

    Nouveau délai de 90 jours
  6. Le tribunal

    Appel à la Cour canadienne de l'impôt ou contestation à la Cour du Québec : actes de procédure, communication des documents, interrogatoires et conférence de règlement selon la procédure applicable, puis audience. Le juge peut rejeter le recours, annuler la cotisation, la modifier ou la renvoyer au ministre pour un nouvel examen. Un règlement reste possible jusqu'à la veille du procès.

  7. Le jugement et l'appel

    Le jugement de la Cour canadienne de l'impôt peut être porté devant la Cour d'appel fédérale dans les 30 jours ; celui de la Cour du Québec, devant la Cour d'appel du Québec. En dernier ressort, la Cour suprême du Canada n'entend l'affaire que si elle en accorde l'autorisation.

Régler sans procès. Selon Revenu Québec, le processus d'opposition règle de façon définitive environ 90 % des dossiers litigieux, sans intervention des tribunaux. Devant la Cour canadienne de l'impôt, un appel peut aussi se régler sur consentement (par. 169(3) LIR). Un règlement se négocie sur les faits et le droit — d'où l'importance d'un dossier solide dès l'opposition.
La preuve

Qui doit prouver quoi dans un litige fiscal ?

En règle générale, c'est au contribuable de démontrer que la cotisation est erronée. Mais la règle connaît deux exceptions majeures, qui déplacent le fardeau sur les épaules du fisc — et qui font souvent la différence.

1

La cotisation est présumée valide

Le fisc cotise à partir de présomptions de fait ; il appartient au contribuable de les « démolir », selon la formule de l'arrêt Hickman Motors Ltd. c. Canada, [1997] 2 R.C.S. 336. Les lois fiscales posent elles-mêmes cette présomption : au Québec, la cotisation est « réputée valide et tenante » (art. 1014 LI ; au fédéral, par. 152(8) LIR). D'où le poids des registres, des pièces et des témoins.

2

Les pénalités : au fisc de prouver

La pénalité pour faute lourde — « négligence flagrante » dans la loi québécoise — équivaut à 50 % de l'impôt en cause (minimum 100 $), à chaque palier. Devant le tribunal, c'est au ministre de prouver les faits qui la justifient (par. 163(2) et 163(3) LIR ; art. 1049 et 1050 LI). Une simple erreur ou un oubli de bonne foi n'y suffit pas.

3

Les années prescrites

Le fisc dispose normalement de trois ans pour recotiser un particulier ou une société privée sous contrôle canadien, et de quatre ans pour les autres sociétés (par. 152(3.1) LIR ; art. 1010 LI). Passé ce délai — sauf renonciation de votre part ou prolongation prévue par la loi dans des cas précis —, il lui faut une présentation erronée des faits attribuable à la négligence, à l'inattention ou à une omission volontaire, ou une fraude ; au fédéral, c'est à l'ARC d'en faire la preuve.

Taxes de vente : pour la TVQ, le délai de cotisation est de quatre ans (art. 25 LAF), sans limite en cas de fausse représentation des faits, de fraude, d'absence de déclaration ou de renonciation (art. 25.1 LAF) ; la pénalité pour négligence flagrante est de 50 % (art. 59.3 LAF). Pour la TPS/TVH, la pénalité pour faute lourde est de 25 % des montants en cause, avec un minimum de 250 $ (art. 285 LTA).
Le recouvrement

Faut-il payer la somme réclamée pendant la contestation ?

Tout dépend de la nature de la dette. Pour l'impôt sur le revenu, la loi suspend généralement les mesures de recouvrement tant que l'opposition ou le recours est en cours. Pour les taxes et les retenues à la source, la somme reste en principe exigible même contestée. Et, en règle générale, les intérêts continuent de courir.

Recouvrement généralement suspendu

  • Impôt fédéral sur le revenu : l'ARC ne peut normalement prendre certaines mesures légales de recouvrement avant 90 jours suivant l'envoi de l'avis de cotisation. Si vous vous opposez, elle reporte en principe le recouvrement des montants en litige jusqu'à 90 jours après sa décision, puis pendant l'appel à la Cour canadienne de l'impôt (art. 225.1 LIR). Deux réserves : avec l'autorisation d'un juge, elle peut agir sans attendre si le recouvrement est compromis ; et elle peut affecter vos remboursements et vos crédits au montant contesté, même pendant l'opposition ou l'appel.
  • Impôt du Québec sur le revenu : Revenu Québec ne peut ni entamer de poursuite, ni délivrer de certificat de recouvrement, ni saisir entre les mains d'un tiers, ni inscrire d'hypothèque légale avant 90 jours suivant l'envoi de la cotisation — puis pendant toute l'opposition, la contestation ou l'appel (art. 12.0.2 et 12.0.3 LAF).
  • Compensation interdite au Québec : dès que la cotisation fait l'objet d'une opposition, puis pendant la contestation ou l'appel, vos remboursements ne peuvent être affectés au paiement du montant en litige (art. 12.0.3 LAF).
La suspension vise le recouvrement, pas la dette : en règle générale, les intérêts continuent de s'accumuler tant que la somme n'est pas payée.

Exigible malgré la contestation

  • TPS/TVH : la partie impayée de la cotisation est payable immédiatement ; la Loi sur la taxe d'accise ne prévoit pas de restriction au recouvrement comparable à celle de l'impôt sur le revenu. Le ministre peut toutefois reporter le recouvrement, et aucune mesure n'est prise à l'égard du montant en litige si vous fournissez une garantie acceptable.
  • TVQ : la Loi sur la taxe de vente du Québec ne figure pas parmi les lois visées par la suspension (art. 12.0.2 LAF) ; Revenu Québec peut seulement, sur demande et à certaines conditions, accepter de suspendre ses mesures.
  • Retenues à la source : exclues expressément au Québec, comme tout montant dû à titre de mandataire du ministre (art. 12.0.2 LAF) ; même règle au fédéral pour les retenues sur la paie.
  • Grandes sociétés : la moitié du montant en litige demeure exigible, à l'ARC comme à Revenu Québec.
  • Dons liés à un abri fiscal : lorsque le montant en litige découle d'un don demandé à l'égard d'un abri fiscal, la suspension ne couvre que la moitié de ce montant.
  • Après un jugement défavorable de la Cour canadienne de l'impôt : l'ARC reprend le recouvrement même si l'affaire est portée en Cour d'appel fédérale, à moins d'accepter une garantie.
Les mesures de recouvrement : saisie de salaire ou de compte bancaire, hypothèque légale, compensation de vos remboursements.
Payer sans renoncer. Verser la somme en litige arrête les intérêts sans vous faire perdre le droit de contester : au Québec, le paiement d'une somme contestée est réputé fait sous protêt (art. 93.1.24 LAF), et si vous obtenez gain de cause, le trop-payé vous est remboursé avec intérêts. À l'inverse, un recours intenté, même en partie, pour retarder le paiement peut coûter cher : lorsque le recouvrement était suspendu, la Cour du Québec peut, à la demande du ministre, ordonner le versement d'un montant allant jusqu'à 10 % de la partie de la somme en litige pour laquelle la contestation n'était pas raisonnablement fondée (art. 93.1.21 LAF). Payer, garantir ou attendre : la décision se prend chiffres en main.
Les dossiers

Quelles cotisations mènent le plus souvent au litige ?

Certaines situations reviennent sans cesse à l'étape de l'opposition et devant les tribunaux. Chacune a sa logique de preuve — et ses angles de contestation.

Revenus non déclarés et méthodes indirectes

Avoir net, analyse des dépôts bancaires, projections à partir d'un échantillon : quand les registres manquent, le fisc reconstitue le revenu par estimation. Ces méthodes se contestent poste par poste — dépôts non imposables, doubles comptages, hypothèses de coût de la vie.

Cryptomonnaies

Gain en capital ou revenu d'entreprise, valeur à la date de chaque opération, plateformes étrangères : les cotisations en matière de cryptoactifs reposent souvent sur des données incomplètes. Voir le dossier Fiscalité des cryptomonnaies.

Résidence fiscale et départ du Canada

Le fisc soutient que vous êtes demeuré résident après votre départ, ou conteste l'impôt de départ déclaré. Le débat porte sur vos liens de résidence et sur la valeur de vos biens à la date du départ. Voir le dossier Taxe de départ du Canada.

TPS et TVQ

Crédits et remboursements de taxe sur les intrants refusés, fournisseurs jugés non conformes, ventes reconstituées : des dossiers où la somme reste exigible pendant le litige, et où la rapidité d'intervention compte double. Pour les ventes d'immeubles, les flips et les habitations neuves, voir le dossier Fiscalité immobilière.

Administrateurs et proches

L'administrateur d'une société peut être cotisé personnellement pour les retenues à la source et les taxes non remises (art. 227.1 LIR ; art. 323 LTA ; art. 24.0.1 LAF). Le proche qui reçoit un bien d'un débiteur fiscal sans en payer la pleine valeur peut l'être aussi, jusqu'à concurrence de la valeur qu'il n'a pas payée (art. 160 LIR ; art. 325 LTA ; art. 14.4 LAF). Ces cotisations ont leurs propres moyens de défense.

Successions

Cotisation visant le défunt ou sa succession, responsabilité personnelle du liquidateur qui distribue les biens sans avoir obtenu le certificat de Revenu Québec (art. 14 LAF) : le litige fiscal rejoint ici le droit des successions.

Vigilance

Les erreurs qui font perdre un litige fiscal avant même de plaider

1

Laisser courir le délai

Une opposition déposée au 91e jour n'est plus une opposition. La prorogation existe, mais elle se mérite : il faut démontrer que vous étiez dans l'impossibilité d'agir — ou, au fédéral, que vous aviez véritablement l'intention de vous opposer — et que vous avez réagi dès que possible. Mieux vaut une opposition déposée à temps, quitte à la compléter, qu'un dossier parfait déposé trop tard.

2

Croire qu'un appel ou une lettre suffit

Discuter avec le vérificateur, écrire au service à la clientèle ou demander un redressement ne suspend rien. Seul un avis d'opposition écrit, exposant les faits et les motifs, protège vos droits.

3

Contester à un seul palier

S'opposer à l'ARC en tenant pour acquis que Revenu Québec suivra — ou l'inverse. Chaque avis de cotisation exige sa propre opposition, dans son propre délai.

4

Signer une renonciation sans conseil

La renonciation à la prescription garde ouverte une année que le temps allait fermer : elle permet au fisc de recotiser après l'expiration du délai normal. Elle se négocie, se limite à des éléments précis… ou se refuse.

5

Rédiger une opposition trop mince

« Je ne suis pas d'accord » n'est pas un motif. L'opposition doit exposer les faits pertinents et les moyens de droit ; pour les grandes sociétés, la loi limite même le débat aux questions qui y sont précisées. C'est ce document qui cadre toute la suite.

6

Payer — ou ne pas payer — sans stratégie

Ne rien verser en croyant que l'opposition gèle tout, alors que la TPS, la TVQ et les retenues restent exigibles et que les intérêts courent. Ou payer une cotisation contestable sans s'y opposer, et laisser le délai s'éteindre.

7

Sous-estimer le fardeau de la preuve

Devant le tribunal, affirmer ne suffit pas : il faut des pièces, des registres, des témoins. La preuve se constitue dès l'opposition — pas la veille de l'audience.

8

Oublier le risque pénal

Certaines vérifications basculent en enquête. Dès que l'objet prédominant de l'examen devient d'établir une responsabilité pénale, les règles changent (arrêt R. c. Jarvis, 2002 CSC 73). Ce qui est dit au civil peut nourrir le pénal : voir le dossier Droit fiscal pénal.

Avant le litige, la prévention : tant qu'aucune vérification ni enquête n'est entamée, la divulgation volontaire permet de régulariser une situation avant qu'elle ne devienne une cotisation assortie de pénalités.
Les recours parallèles

Quels autres recours existent à côté de l'opposition ?

L'opposition et le tribunal s'attaquent au bien-fondé de la cotisation. D'autres voies visent ses conséquences — intérêts, pénalités, coût du litige — et se mènent souvent en parallèle.

Allègement des intérêts et des pénalités

L'ARC peut annuler des pénalités et des intérêts, ou y renoncer, en cas de circonstances exceptionnelles, d'erreur ou de retard de sa part, ou de difficultés financières (par. 220(3.1) LIR, formulaire RC4288), pour les dix années civiles qui précèdent la demande. Revenu Québec dispose d'un pouvoir comparable (art. 94.1 LAF).

Contrôle judiciaire

Le refus d'un allègement ne peut faire l'objet ni d'une opposition ni d'un appel. Le recours est une demande de contrôle judiciaire en Cour fédérale, à présenter dans les 30 jours suivant la réception de la décision ; l'ARC recommande de demander d'abord un deuxième examen. Au Québec, la décision du ministre échappe elle aussi à l'opposition, à la contestation et à l'appel prévus par la loi fiscale (art. 94.1 LAF).

Mandat ciblé

Tous les dossiers ne justifient pas un mandat complet. Rédaction de l'avis d'opposition, avis sur vos chances de succès, révision d'un projet de règlement : le mandat à portée limitée offre une aide ciblée, à coût connu d'avance. Il prend tout son sens pour les petits dossiers : devant la Division des petites créances, on ne peut être ni représenté ni assisté par un avocat (art. 93.18 LAF), mais l'opposition qui précède peut, elle, être préparée avec un avocat.

L'accompagnement

Ce que je fais pour vous

Près de quarante ans de droit fiscal, avec le litige comme cœur de pratique : devant la Cour canadienne de l'impôt, la Cour du Québec et les cours d'appel. Tarif de 375 $/h ou forfait convenu d'avance.

1

Analyse et stratégie

Dès la réception du projet ou de l'avis de cotisation : calcul des délais aux deux paliers, lecture critique du rapport de vérification, évaluation des chances de succès et des coûts, plan d'ensemble — opposition, paiement, garanties, recours parallèles.

2

Opposition et négociation

Rédaction d'avis d'opposition complets, représentations auprès des agents chargés des oppositions à l'ARC et à Revenu Québec, constitution de la preuve documentaire, négociation d'un règlement fondé sur les faits et le droit.

3

Représentation devant les tribunaux

Appel à la Cour canadienne de l'impôt, contestation à la Cour du Québec, demandes de prorogation de délai, interrogatoires, conférences de règlement, procès — et, s'il y a lieu, appel devant la Cour d'appel fédérale ou la Cour d'appel du Québec.

Pourquoi un avocat ? Devant la Cour du Québec, et en principe en procédure générale devant la Cour canadienne de l'impôt, une société doit être représentée par un avocat. Et à toutes les étapes, vos échanges avec votre avocat sont protégés par un secret professionnel opposable au fisc — ce qui n'est pas le cas des dossiers de votre comptable, que le fisc peut exiger. Les deux travaillent mieux ensemble : le comptable sur les chiffres, l'avocat sur la preuve, la procédure et la stratégie.
FAQ

Questions fréquentes sur le litige fiscal

Combien de temps ai-je pour contester un avis de cotisation de l'ARC ou de Revenu Québec ?

Vous avez 90 jours à compter de l'envoi de l'avis de cotisation pour présenter un avis d'opposition, à l'ARC (par. 165(1) de la Loi de l'impôt sur le revenu) comme à Revenu Québec (art. 93.1.1 de la Loi sur l'administration fiscale). Pour l'impôt sur le revenu d'un particulier, le délai court jusqu'à un an après la date d'échéance de production de la déclaration, si cette date est plus tardive. Après la décision sur l'opposition, vous disposez encore de 90 jours pour saisir le tribunal.

J'ai dépassé le délai de 90 jours. Est-il trop tard ?

Pas nécessairement. Une demande de prorogation peut être présentée dans l'année qui suit l'expiration du délai d'opposition (art. 166.1 LIR ; art. 93.1.3 LAF). Il faut démontrer que vous étiez dans l'impossibilité d'agir ou de mandater quelqu'un pour le faire — ou, au fédéral seulement, que vous aviez véritablement l'intention de vous opposer — et que la demande a été présentée dès que les circonstances l'ont permis. En cas de refus, le tribunal peut être saisi dans les 90 jours (30 jours en matière de TPS/TVH). Une fois l'année écoulée, le droit de s'opposer est perdu.

Quelle est la différence entre une opposition et un appel ?

L'opposition est un recours administratif : vous demandez au fisc lui-même de réexaminer la cotisation, par l'entremise d'une personne qui n'a pas participé à son établissement. L'appel — appelé « contestation » lorsqu'il vise une cotisation de Revenu Québec — est un recours judiciaire : un juge de la Cour canadienne de l'impôt ou de la Cour du Québec tranche le litige après avoir entendu la preuve. L'opposition est un passage obligé : sans elle, pas de recours au tribunal.

Dois-je payer la somme réclamée pendant que je conteste ?

Pour l'impôt sur le revenu, les mesures de recouvrement sont généralement suspendues pendant l'opposition et le recours devant le tribunal (art. 225.1 LIR ; art. 12.0.2 et 12.0.3 LAF). Pour la TPS, la TVQ et les retenues à la source, la somme reste en principe exigible même si elle est contestée, à moins que le fisc n'accepte une garantie ou une suspension. En règle générale, les intérêts continuent de courir : payer, en tout ou en partie, en limite l'accumulation sans vous faire perdre le droit de contester.

Devant quel tribunal se plaide un litige fiscal au Québec ?

Cela dépend de la loi en cause. Une cotisation de l'ARC fondée sur la Loi de l'impôt sur le revenu, de même qu'une cotisation de TPS/TVH, se porte en appel devant la Cour canadienne de l'impôt. Une cotisation de Revenu Québec fondée sur une loi fiscale québécoise — impôt du Québec, TVQ — se conteste devant la Cour du Québec. Un contribuable québécois cotisé aux deux paliers peut donc avoir à mener deux recours parallèles, devant deux tribunaux.

Qui a le fardeau de la preuve dans un litige fiscal ?

En principe, le contribuable : la cotisation est présumée valide et c'est à lui de démontrer qu'elle est erronée. Deux exceptions importantes : le fisc doit prouver les faits qui justifient une pénalité pour faute lourde ou négligence flagrante (par. 163(3) LIR ; art. 1050 de la Loi sur les impôts), et l'ARC doit justifier une nouvelle cotisation établie après la période normale de nouvelle cotisation.

Jusqu'à combien d'années en arrière le fisc peut-il cotiser ?

Pour l'impôt sur le revenu, la période normale de nouvelle cotisation est de trois ans pour un particulier ou une société privée sous contrôle canadien, et de quatre ans pour les autres sociétés (par. 152(3.1) LIR ; art. 1010 de la Loi sur les impôts). Le fisc peut remonter plus loin, sans limite de temps, en cas de présentation erronée des faits attribuable à la négligence, à l'inattention ou à une omission volontaire, ou en cas de fraude ; il le peut aussi si vous avez signé une renonciation, et dans certains cas précis où la loi prolonge la période. Pour la TVQ, le délai est de quatre ans (art. 25 LAF).

Peut-on régler un litige fiscal sans aller au procès ?

Oui, et c'est l'issue la plus fréquente. Selon Revenu Québec, environ 90 % des dossiers litigieux se règlent de façon définitive à l'étape de l'opposition. Une entente peut aussi intervenir après le dépôt du recours : devant la Cour canadienne de l'impôt, un appel peut être réglé sur consentement. Un règlement se négocie sur la base des faits et du droit, d'où l'importance d'une opposition bien documentée.

Puis-je me représenter seul devant le tribunal ?

Un particulier peut se représenter seul devant la Cour canadienne de l'impôt comme devant la Cour du Québec. Une société, en revanche, doit être représentée par un avocat devant la Cour du Québec et, en principe, en procédure générale devant la Cour canadienne de l'impôt. Devant la Division des petites créances, c'est l'inverse : on ne peut y être ni représenté ni assisté par un avocat (art. 93.18 LAF). Les montants en jeu, le fardeau de la preuve et les règles de procédure justifient le plus souvent une consultation avant de décider.

Peut-on faire annuler les intérêts et les pénalités ?

Parfois. L'ARC peut annuler des pénalités et des intérêts, ou y renoncer, en cas de circonstances exceptionnelles, d'erreur ou de retard de sa part, ou de difficultés financières, pour les dix années civiles qui précèdent la demande (formulaire RC4288). Revenu Québec dispose d'un pouvoir semblable (art. 94.1 LAF). Ce recours discrétionnaire est distinct de l'opposition : il ne remet pas en cause l'impôt lui-même et peut être exercé en parallèle.

Combien coûte un avocat en litige fiscal ?

Me Louis Sirois facture 375 $ l'heure, avec possibilité de forfait convenu d'avance selon l'étape et la complexité du dossier. Un mandat à portée limitée — la rédaction de l'avis d'opposition ou un avis sur les chances de succès, par exemple — permet de connaître le coût à l'avance. Le cabinet est situé à Laval et sert une clientèle de tout le Québec et du Canada, en français et en anglais.

Une vérification fiscale peut-elle mener à des accusations pénales ?

Oui. Lorsque l'objet prédominant de l'examen devient d'établir la responsabilité pénale du contribuable, les autorités ne peuvent plus se servir de leurs pouvoirs de vérification pour recueillir la preuve, selon l'arrêt R. c. Jarvis de la Cour suprême du Canada (2002 CSC 73). Le litige civil et le dossier pénal suivent alors des chemins parallèles, qu'il faut coordonner : voir le dossier Droit fiscal pénal.
Les sources

Textes et sources officielles

Les délais et les règles exposés sur cette page s'appuient sur les lois et les publications officielles suivantes.

Lois

Administrations, tribunaux et jurisprudence

Me Louis Sirois, LL.B.

Avocat fiscaliste · Membre du Barreau du Québec depuis 1987 · Laval

Me Louis Sirois pratique le droit fiscal depuis près de quarante ans. Il représente des particuliers, des entrepreneurs et des sociétés dans leurs litiges avec l'Agence du revenu du Canada et Revenu Québec, de l'opposition jusqu'au procès, devant la Cour canadienne de l'impôt, la Cour du Québec et les cours d'appel. Il exerce en français et en anglais. Contenu validé par Me Sirois ; dernière mise à jour le .

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